BIRMANIE

FREE STUDIOS

AD GALERIE

Photo © Jean Pierre Bonnotte

L’AD-Galerie vous propose de découvrir cette facette peu connue du travail de Caron qui est celle de la photographie des personnalités dans leur contexte, soulignant ainsi cette évolution en photographie à l’égard de la conception de l’idée-même de portrait. L’exposition a lieu du 3 février au 22 mars 2013. Elle complète la présentation de l’œuvre de Caron avec l’exposition tenue au Musée de l’Elysée (« Le Conflit Intérieur»). L’exposition « Seventies & Show-Biz » est organisée en association avec la Fondation Gilles Caron qui a pour mission de mettre en valeur l’œuvre photo-journalistique du photographe.

 

Gilles Caron incarne un des pionniers du photo-journalisme en France auquel il donne ses lettres de noblesse avec ses cinq années de reportages pour  trois agences de presse qui couvriront autant les événements du Vietnam, du Biafra que les soulèvements populaires de la fin des années 1960. Henri Cartier-Bresson dira de Caron qu’il représente le photographe le plus talentueux de sa génération. Le travail de Gilles Caron, c’est aussi un autre aspect que celui du reportage de terrain relatif à l’actualité politique : celui de la couverture du phénomène des « Stars ». Ce sont ainsi les personnalités du « show-biz » qui retiennent l’œil du photographe : Brigitte Bardot, Romy Schneider, Ursula Andress, Mireille Darc et Jean Yanne pour le cinéma ou encore Paul McCartney, James Brown, Jacques Brel, Serge Gainsbourg, Johnny Hallyday pour la chanson.

Gilles Caron, c’est encore tous les ingrédients du personnage mythique qui réunit talent, belle gueule et une disparition aussi tragique que soudaine à l’âge de 31 ans.

CAMBODGE

Phnom Pehn le 10 décembre 2012 Inauguration de la plaque commémorative en souvenir de Gilles Caron.

Au Cambodge, la mémoire de Gilles Caron enfin honorée.

Une plaque honorant le grand photographe français a été posée au dos du monument pour les journalistes tués et disparus au Cambodge entre 1970 et 1975.

 

Une foule de reporters s’est pressée le lundi 10 décembre autour du monument érigé il y a quelques mois devant l’hôtel Le Royal de Phnom Penh, qui était au début des années 1970 le quartier général des correspondants du monde entier, pour une cérémonie un peu particulière. D’un côté, sur le marbre noir, une liste de 37 noms de journalistes cambodgiens et étrangers tués ou disparus pendant la guerre au Cambodge entre 1970 et 1975. De l’autre, une plaque de marbre blanc rédigée en khmer et en français, et la photo d’un homme qui allait sans le savoir à son rendez-vous avec le destin et la légende, il y a plus de 42 ans.

 

Gilles Caron a disparu ce jour-là sur la route n°1 avec un collègue journaliste et un coopérant français, le 5 avril 1970, en allant couvrir les affrontements qui embrasaient alors l’est du Cambodge, tout près de la frontière vietnamienne. Leurs corps n’ont jamais été retrouvés. Marjolaine, la fille aînée de celui qui passa comme une étoile filante dans le firmament des «grands», n’a jamais pu faire le deuil de son père, tout comme sa mère Marianne et les autres membres de la famille Caron. « Cette plaque nous fait du bien », souffle-t-elle, très émue. C’est en apprenant l’existence de la stèle par Asie-Info qu’elle a décidé de transgresser le tabou familial et de venir au Cambodge. « J’en voulais à ce pays, inconsciemment, de m’avoir pris mon père. C’était plus fort que moi. Mais en franchissant le pas et en venant ici, j’ai découvert un pays magnifique, des gens souriants. Et ce voyage, avec la pose de cette plaque, nous a apaisés, Louis et moi », poursuit-elle.

 

Son discours, tout comme celui de son mari, Louis Bachelot, le directeur de la Fondation Gilles Caron, prononcé devant les journalistes et le ministre de l’Information cambodgien Khieu Kanharith, était empreint d’une émotion à fleur de peau, presque libératrice. Le mystère entourant la disparition de Gilles, dont elle garde les souvenirs d’une petite fille de 7 ans, demeure entier, et un solennel appel aux témoignages a été lancé devant les caméras et les micros. Portera-t-il un jour ses fruits ? « A l’époque, toute cette région, jusqu’à Kompong Cham, était un champ de bataille mouvant sur lequel s’entrecroisaient six armées : les troupes de Lon Nol, les Viêtcông, les Khmers rouges, les sud-Vietnamiens, et les forces spéciales américaines et thaïlandaises, ce que l’on ignore souvent », rappelle Tim Page, photojournaliste vétéran plusieurs fois blessé au Vietnam, qui avait croisé la route de Gilles. Un autre vétéran, Al Rockoff, passé à l’époque de l’armée américaine à la photographie de presse en freelance et à qui on doit de célèbres clichés de la chute de Phnom Penh en avril 1975, était également plongé dans ses souvenirs.

 

Le passé, qui paraissait ce-jour là se confondre avec l’instant présent, n’avait jamais semblé aussi réel. Et le temps s’était comme arrêté dans les volutes d’encens, sous le soleil de Phnom Penh.

 

Arnaud Roux